PERRENOUD, Philippe (2005). La pédagogie à l’école des différences : fragments d’une sociologie de l’échec, Issy-les Moulineaux (France), ESF, 205 p. (Pédagogies. Recherche). ISBN 2-7101-1744-4
Centré sur la problématique de l’échec scolaire, cet ouvrage en est un de prévention et même de remédiation.
En sept chapitres, l’auteur explique les mécanismes de fabrication de l’échec scolaire dans une perspective systémique et il en refuse la fatalité. Il constate partout une indifférence aux différences. C’est pourquoi il milite en faveur de la différenciation de l’enseignement trop souvent confondue avec l’individualisation.
Au départ, il met en évidence les inégalités sociales et culturelles des élèves et il constate l’absence quasi généralisée d’interventions différenciées et adaptées. Dès lors, il se demande si les pédagogies nouvelles sont égalitaires. Après avoir considéré ces dernières, il relève plusieurs contradictions et paradoxes de l’école actuelle en faisant ressortir les limites observées dans ces mêmes pédagogies.
Afin de parvenir à une véritable différenciation salutaire, il importe selon lui de faire son deuil d’un certain nombre de réalités. Il mentionne ainsi la nécessité de « faire son deuil » du fatalisme de l’échec, du rejet sur un bouc émissaire, du plaisir de se faire plaisir, de sa liberté dans la relation pédagogique, des routines reposantes, des certitudes didactiques, du splendide isolement, du pouvoir magistral des pratiques anciennes. Il souligne au contraire les avantages qu’il y a à innover et à emprunter le sentier des pédagogies différenciées.
Cependant, il anticipe et il évoque les peurs à dépasser, par exemple, la peur de perdre des avantages, de perdre du pouvoir et sa tranquillité, de perdre du plaisir et sa liberté, d’affronter des conflits et des responsabilités, de prendre en compte les différences et la complexité.
Pour lui, ces obstacles voilent provisoirement de nouvelles compétences à acquérir (travailler sur soi, travailler ensemble, enrichir sa boîte à outils…). Il évoque aussi la perspective des risques à encourir en suggérant d’agir à plusieurs égards : celui du système d’enseignement, des établissements scolaires et des interactions didactiques.
En se situant ouvertement contre la pensée magique, le célèbre sociologue souligne l’importance des efforts à consentir pour changer son identité professionnelle en visant de nouvelles satisfactions davantage centrées sur la coopération et modifiant son rapport aux savoirs, aux personnes et aux familles. Il termine sa réflexion en évoquant les avantages de la professionnalisation du métier d’enseignant dans une optique de valorisation sociale.
Les enseignants du primaire et du secondaire, ainsi que leurs formateurs, trouveront en ces pages de nombreux arguments pour soutenir leurs actions novatrices et mieux nommer leur réalité changeante.